Jacques Réda : Accidents de la circulation, Gallimard, 2001
Bien sûr, il y a beaucoup de poésies parce qu' il y a beaucoup de poètes. Parmi ces hommes, il y a beaucoup de mots, de visions, de sens. Réda est le poète le plus original de langue française et du XXème s. que j' ai eu entre les mains. Une poésie très pure, une poésie sans poétique. Pas de fanfare, de mystères, de feu près de la cheminée. Le poète de Paris qui redonne à la capitale sa vie immédiate, sa vie de villageois, sa place publique. La prose d' un promeneur qui décrit ce qui est là, ce qui se voit, en dehors de toute forme d' émotion ou de sensibilité. Je goûte beaucoup cette liberté de n' avoir pas sous les yeux l' obligation poétique que certains autres poètes s' efforcent de communiquer et qu' une lecture assidue de la poésie peut dénoncer comme des artifices, dussent-ils être réjouissant par ailleurs.
Pierre Bergounioux : Carnets de notes, 1980-1990, tome 1, Verdier, 2006
Brillant. Il ne se passe rien dans ce volume. La vie d' un enseignant au jour le jour sous formes de notes dans lesquelles l' essentiel tient en relevés de lecture et trésor entomologistes ramenés lors de promenades. On lit dans ces carnets écris avant la parution de son premier livre, la très pudique intention de ne rien laisser paraître de l' intimité de la vie d' un homme, ce qui peut porter à s' interroger sur la motivation d' un tel chantier d' écriture qu' est la rédaction d' un carnet personnel. Ce qui en ressort, c' est la vie assez simple d' un homme refermé sur sa propre vie à lui, qui n' aime pas enseigner car il désespère de n' avoir pas le temps de se consacrer à ses passions.
Il ne se passe rien. Mais cela devient passionnant au fil des pages. Une syntaxe impeccable, une écriture très fine et sérieuse. Nul laisser-aller ou coquetterie d' écriture. La grande qualité de ce journal tient à ce que Bergounioux parsème dans ces pages pour capter l' attention, si toutefois c' est là une intention pour une éventuelle publication, le nom des auteurs des livres dont il ne cite que le titre sans en donner de critique et le nom scientifique des insectes, grande passion de ce naturaliste amateur qui s' ennuie de ses obligations sociales. Cela donne une évocation mystérieuse et rythme le non-événementiel de son quotidien en des notes très courtes évacuant ainsi les aspects secondaires de l' existence et de sa conscience.
Brillant, intelligent, sobre et vertueux.
L' épopée de Gilgamesh, traduction de Jean Bottéro, Gallimard
Un livre très émouvant.
Architecture, méthode et vocabulaire, sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos, Editions du patrimoine
Ouvrage technique bien réalisé. Très facile d' utilisation. Exhaustif clair et accessible. Excellent index. Des sections indépendantes mais également correspondantes entre elles. Un indispensable.
Georges Bernanos, Journal d' un curé de campagne, Edition du Rocher
Extraordinaire. Une écriture sensuelle proche du péché pour une oeuvre qui sonde l' enfer de l' âme humaine. Un des plus beau texte que j' ai pu lire et un des plus intelligent par son déroulement. On rentre en enfer par la porte de Saint-Pierre. Les grands mots ( maux ) de la religion se mêlent à une musique à l' harmonique colorée et suave empreinte de noblesse aristocratique. Cette grandiloquence du sujet et la syntaxe pleinement maîtrisée par une économie austère du propos par un homme qui sait très exactement de quoi il parle ( chose très rare chez les écrivains nombreux qui mêlent trop souvent leurs expériences et leurs sensations ). Ici, c'est la plume d' un "maître". Extraordinaire.
Un jeune curé apprend son métier et découvre les motivations de la foi chez les villageois dont il a la charge. Une confrontation dans laquelle sa vocation affronte la réalité des ressorts et des attentes de la croyance chez le petit peuple. Dieu et la liberté.