Voilà longtemps que je n'ai pas mis un disque de musique contemporaine pour écouter ma musique parce que pour toi, c'est des bruits de cuisine dans un tambour de machine
Voilà longtemps que je ne suis plus aller voir un film intello parce que la beauté invisible du mouvement t 'ennuie, que tu ne prends plus de photo de moi pour me montrer que tu me trouve beau
Voilà longtemps que je n' ai plus lu Jouhandeau parce que tu me rappelle l' intérieur de son écriture, que je ne lis plus Proust parce qu' il m' éloigne de notre maison, que je ne lis plus Virginia Woolf par ce que cela m' éloigne de notre réalité
Voilà longtemps que je n' ai pas eu de cuite parce que tu ne me trouve pas beau ivre et chantant
Voilà longtemps que j' ai mis de côté mon mysticisme pervers, mes livres de théologie, d' esthétisme, de poétique, mon intelligence des belles choses, mon coeur retors, mon attirance cérébrale pour la putréfaction des corps, la vieillesse et la maladie
Voilà longtemps que je n' ai plus d' amis, que je ne parle plus aux autres, que je suis devenu indifférent au monde
Voilà longtemps que je n' écris plus de poèmes parce que tu t' en fous
Voilà longtemps que je ne dis plus je t' aime avec des larmes dans les yeux, que je n'ai plus la moquerie amoureuse de te plaire, en souriant ou en murmurant que je te déteste
Voilà longtemps que mon coeur n' a plus le battant doux par lequel tu es entré en moi, que ma main ne viens plus sur ta nuque faire plisser tes yeux et allonger ton corps sur moi
Voilà longtemps que je ne te demande plus de me protéger, de me garder et de ne pas m' oublier
Voilà longtemps que j' ai oublié qui je suis pour être un autre toi, qui n' aime rien, ni la musique, ni les images, ni les beautés artificielles, ni les vérités improbables, les textiles, les fleurs les bijoux, toi qui n' aime ni les gens, ni les affiches sentimentales, ni les choses, ni les vies lointaines et les mondes parallèles,ni le passé, toi qui n' aime pas l' inutile
parce que tu n' aime que moi