Un beau ténébreux, Julien Gracq, Corti :
C'est toujours la même chose avec les grands écrivains, on y va avec réserves et plouf en quelques phrases, c'est le miracle!!! Béni soit Gracq!!! en quelques phrases, je suis hypnotisé et détaché de toutes idées, en un mot : neutralisé. Pas de chichi syntaxique, de bla bla bla démagogique ou égocentrique avec les mots et leurs agencements, cela se lit comme le cours d' une rivière: calme et pesanteur. Ecriture non évènementielle, monde non-cinématographique, syntaxe impeccable et poésie envoûtante d'un écrivain ayant la politesse de s' effacer derrière son écriture, alors je fais de même, je m' efface ainsi que ma vie et mes idées, pour feuilleter un véritable corps du texte qui m' emmène avec élégance vers un autre lieu, un "vrai" ailleurs : la littérature.
Catherine, Pierre Bergounioux, Gallimard
Premier livre de mon auteur contemporain "favori" s'il en est. Très difficile à suivre. Pour lecteur averti, entraîné, endurant à suivre une écriture "totale" dans les méandres de sa construction narrative. L' ensemble est une immense évocation cristallisant les sens, la mémoire et le déroulement du récit dans un étang à la topographie très difficile à cerner. Il y a bien une trame, très difficile à percevoir, mise en place par à-coups de retours et de projections d' un narrateur pris dans sa propre conscience elle-même prise dans dans ces retours-projections que sont sa rupture avec Catherine et sa venue dans un monde angoissant. Univers angoissant et névrotique, schrizophrénique mais tenue par une écriture en dehors de schémas spychologiques. Très fort.
Superstitions, Ivan Alechinsky, Fata Morgana
Ecrivain et voyageur belge, fils du peintre... une autre façon de parler du Mexique à travers l' éclatement de soi dans un univers de passages. Récit contemporain ( poésie recousue ) poétique ( donc récit peu dense ) morcelé par l' engoument des formes fuyantes extérieures et présentes tout à la fois dans le regard qui tente de les retenir par une reconstruction intérieure " à midi je cherchais quatorze heures ".
Eloge des voleurs de feu, Dominique de Villepin, Gallimard
Véritable pavé et somme sur la poésie, les poètes et l' univers poétique par un autre poète ( qui écrit quelques poèmes ). Monsieur de Galouzeau, poète, parle ( c' est le mot ) des poètes comme un gastronome parle de cuisine: avec les sens, les bruits de fureur et de labeur, les inexplicables raisons de " pourquoi la poésie". Livre pour néophytes qui ne connaissent pas ou ne sont pas sensibles à la poésie. Beaucoup de notes respectueuses sur le travail critique des universitaires ( cela dit, très fatiguant pour ceux qui connaissent déjà l' ensemble des éditions critiques et universitaire sur la poèsie ) et beaucoup de citations de poètes contemporains peu lus ( le seul qui les cite d' ailleurs, chapeau bas), même par les amateurs de poèsie ou les poètes; beau travail d' écriture solennelle, à la fois évocateur et précis et surtout sans maniérisme, et donnant l' impression d' un profond respect et amour des habitants de la poésie. A lire avec patience ( 800 pages d' éloges, à la fois fins et sublimes) pour une vue d' ensemble du très beau paysage que donne de Villepin sur ce vaste ensemble qu' est le monde poétique. Respect pour un poète de la poésie.
Cela dit, aucun intérêt,sauf l' écriture délicieuse d' un gourmet racé qu' est de Villepin, si l' on est plutôt attiré par les complexes questions de " comment la poésie" et que l' on est un lecteur ( très ) assidu ( qui lit Marie-Claire Bancquart ou Olivier Larronde et même Armand Robin ?) de poésie contemporaine et du travail universitaire sur le sujet ( pas plus lus que les ouvrages de poésie, d' ailleurs).