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La Modification, de Michel Butor, Ed. de Minuit
Un des livres phares de la génération du Nouveau Roman. Le sujet est assez mince: il s' agit de la narration d' un voyage en train vers Rome. La particularité, s' il en est, de ce roman tient à l' utilisation de la deuxième personne du singulier, vous, qu' utilise le narrateur pour décrire son voyage et l' environnement de celui-ci. L' écriture serrée de Butor autour de la description , Butor poète moyen et compliqué, critique entre création et érudition, et formidable romancier, du fait de la maîtrise voluptueuse du déroulement imprévisible de la conscience des choses se déroulant et s' étant déroulé, demande une lecture suivie du texte, sinon, c'est l' errance dans la grammaire tentaculaire du personnage pris dans la description de sa propre conscience des choses inhérentes à son observation mêlée à la conscience historique de son vécu récent; son histoire d' amour traitée comme une trame policière, donne à cette psychologie de l' évènement un dimension fictionnelle de mise en abyme entre histoire et récit et une mise en abyme ambiguë de l' écrivain et du narrateur. Innovant et impeccable mais éreintant, cette mise en abyme du roman de " gare ".
La Petite marchande de prose et Monsieur Malaussène, de Daniel Pennac, NRF
Tome 3 et 4 de la Saga des Malaussène. Ici, tout le contraire du précédent. Efficace, brillant et prétentieux. Tout y est prévisible, d' une scène à une autre, d' une action à l' autre, d' une phrase à une autre, tout se devine. Cela ressemble à un scénario cinématographique à grosses ficelles avec des scènes larmoyantes et mielleuses plein de personnages à peine crédibles droits sortis d' une fiction bobo-parisienne entre charme humanisant et maniérisme psychologique. C'est gnan-gnan, ridicule et lisible voire risible. Au bout d 'une centaine de pages, c'est une overdose de vulgarité, un mélo siripeux plein de sottises, il faut être aussi génial que Stendhal pour être un sot en littérature. Pennac c' est la vitrine publicitaire d' une âme commerciale.
Le Fleuve Alphée, de Roger Caillois, NRF
Autobiographie intellectuelle d' un des plus connus des intellectuels du XXème s. Le titre donne la teneur, une métaphore généralisante. Cela commence très mal. Je croirais lire un mauvais viel écrivain sans talent, ce qu' il est tout au long du livre, qui ouvre son intimité tout en s' excusant de le faire. Même attitude que Stendhal mais sans la malice de ce dernier. Caillois utilise le terme de parenthèse pour mettre son parcours intellectuel de côté alors qu 'il expose ce qui intellectuellement et sensoriellement l' a amené à vouloir comprendre son environnement et lui a servis dans sa vie d' intellectuel ( il ne sait pas trop ce qu' il veut, et moi, en le lisant aussi.) C'est bordélique dans l' intention, en vrai, tous les écrivains ne peuvent avoir le talent subversif des auteurs du XVIIIème s de masquer leurs actions " répréhensibles" par la morale de l' exhibition de son esprit. Il va de petites métaphores charmantes à des conceptions, dites sans prétention ( je me demande bien pour quelle raisons il use de tant de précaution pour ne pas mettre en avant ce qui pour lui est d' un intérêt mineur pour servir son livre) . Cela dit, c'est un ouvrage d' une grande tenue dans l' abscence de style littéraire ( l' intention de capter le lecteur ) et dans la logique d' une énumération des chapitres de sa vie. En cela, il est un grand intellectuel, mais il est un piètre et médiocre auteur.
Le Site et le paysage, d' Anne Cauquelin, PUF/ Quadrige
Ouvrage court de synthèse sur le lexique des nouvelles technologie, l' Internet entre autres. Cauquelin dresse dans un ensemble dense et sans saveur, comme dans beaucoup d' ouvrage universitaire de synthèse, les problèmes d' utilisation des vocables que les utilisateurs et les producteurs d' Internet détournent des sciences humaines en soustrayant la substance des mots et des concepts en question. Cauquelin répertorie et revient sur la définition des mots comme par exemple site, paysage, lieu, endroit, réseau, communication, nature, et restitue à César ce qui appartient à Deleuze, c' est-à-dire les concepts philosophiques qui sont le centre de l' oeuvre du penseur utilisés sans vergogne par les petites têtes du Web, à des fins fédératrices autour de mots clés flatteurs des petits égos qui sont le lot d' une facilité ou d' une ignorance masquée par la "branchitude" attachée à l' utilisation des nouvelles technologies. Ignorance ignorée des discours tronqués dans les communications parallèles de l' intra-net, autrement dit, tous les connectés ne se parlent pas entre eux, et utilisent des mots dont ils ne comprennent qu' un seul sens : le sens que l' on veut bien lui donner avec comme légitimité un semblant de sens commun que tout le monde comprend sans les comprendre dans leur sens premier.
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