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November 28, 2008

Objecteurs de conscience en Israël -Shministim- Israel's Conscientious objectors

(J'avais oublié d'autoriser les commentaires pour ce post. Voilà qui est corrigé. Ils sont naturellement bienvenus)

(I forget to authorize the comments for this post. Now it is changed. They are naturally welcomed)



Ayant lu l'article que consacre Aref Nammari au mouvement de jeunes étudiants israéliens contre l'occupation, les "Shministes", j'ai trouvé le texte de leur lettre sur Facebook , que j'ai traduit partiellement et rapidement. Allez voir l'article d'Aref et tous ses excellents articles sur la question palestinienne - en anglais.

Et le lien pour envoyer un mail au ministère de la Défense israélien, en soutien à ces jeunes objecteurs de conscience, courageux et lucides, emprisonnés pour avoir refusés de servir l'oppression et l'occupation israélienne.

Having read the post of Aref Nammari about the Shministim, Israel's young conscientious objectors, I have found on Facebook their letter, and translate it partially and quickly.

Here it is for sending an e-mail to the Israeli Minister of Defense.



****

The Shministim Letter 2008

We, high-school graduate teens, declare that we shall work against the Israeli occupation and oppression policy in the occupied territories and the territories of Israel. Therefore we will refuse to take part of these actions, which are being done under our name as part of the IDF.
Our refusal comes first and foremost as a protest on the separation, control, oppression and killing policy held by the state of Israel in the occupied territories, as we understand that this oppression, killing and routing of hatred will never lead us to peace, and they are all contradictory to the basic values a society that pretends to be democratic should have.


All the members of this group believe in developing the value of social work. We are not refusing to serve the society we live in, but are protesting against the occupation and the ways of actions which the militaristic system holds as it is today- crushing civil rights, discriminating on a racial base and acting opposing international laws.


We oppose the actions taken in the name of the “defense” of the Israeli society (Checkpoints, targeted killing, apartheid roads-available for Jews only, curfews etc.) that serve the occupation and exploitation policy , annex more conquered territories to the State of Israel and tramples the rights of the Palestinian population in an aggressive manner. These actions serve as a band-aid covering a bleeding wound, and as a limited and temporary solution that will accelerate and aggravate the conflict further.

We expostulate the plundering and the theft of territories and source of income to the Palestinians in exchange to the expansion of the settlements, reasoning to defend Israeli territories. In addition, we oppose any transformation of Palestinian cities and villages to ghettos without minimal living conditions or income sources enclosed by the separation wall.

We also protest the humiliating and disrespectful behavior of the military forces towards Palestinians in the West Bank; violence towards demonstrators, public humiliations, arrests, destruction of property regardless to any safety or defense needs, all of which violate global human rights and international law.


The wall and blockades surround the Palestinian Territories and serve as a halter around the Palestinian’s neck. The soldiers who commit crimes under the patronage and protection of their commanders reflect the image of the Israeli society; a destructive and surprising society that is incapable of accepting its neighboring nation as a partner and not as an enemy.

In order to hold an effective dialogue between the two societies, we, the well-established and stronger society, have the responsibility of establishing and strengthening the other. Only with a more socially and financially established partner could we work towards peace rather than one-sided retaliation acts. Rather than supporting those citizens who have hope for peace, the military cast sanctions and pushes more and more people towards acts of extreme violence and escalation.



We hereby challenge every citizen who wonders if the military's policy in the occupied territories is conducive to the progression of the peace process, to discover by himself/ herself the truth and to lift the veil which distorts the reality of the situation; to verify statistical data; to look for the humane side in him/her and in the society which stands in front of him/her, to disprove the myths that were routed within us regarding the necessity of the IDF's in the Palestinian Occupied Territories, and to stand up against every action which he finds irrational and illegal.

In a place were there are humans, there is someone to talk to. Therefore, we ask to create a dialogue that goes beyond the power struggle, the retaliation and one-sided attrition actions; to disprove the "No Partner" myth, which is leading to a lose-lose situation of an ongoing frustration, and to move to more humane methods.

We cannot hurt in the name of defense or imprison in the name of freedom; therefore we cannot be moral and serve the occupation.

Signed
Members of the Shministim Letter 2008.



***


Traduction partielle et imparfaite:

Nous, signataires de cette lettre, jeunes israéliens d'écoles supérieures, déclarons vouloir nous opposer à la politique d'oppression et d'occupation menée dans les territoires occupés et en Israël. C'est pour cela que nous refusons de servir dans l'armée israélienne.

Ce refus signifie d'abord une protestation contre la politique de séparation, de contrôle, d'oppression et de meurtres menée par l'Etat d'Israël dans les territoires occupés, car nous comprenons que cette politique ne nous mènera jamais à la paix et contredit les valeurs fondamentales qu'une société se disant démocratique doit avoir.

Tous les membres de ce groupe croient en la valeur du travail social. Nous ne refusons pas de servir la société dans laquelle nous vivons, mais nous protestons contre l'occupation et les moyens d'action employés par le système militariste aujourd'hui: négation des droits civils, discrimination sur une base raciale et actions contraires aux lois internationales.

Nous nous opposons aux actions prises au nom de la "défense" de la société israélienne: postes de contrôles, assassinats ciblés, routes-apartheid réservées aux juifs, couvre-feu, etc... qui servent la politique d'occupation et d'exploitation, annexe plus de territoires occupés à l'Etat d'Israel et nie les droits de la population palestienne d'une manière aggressive. Ces actions sont un sparadrap posé sur une plaie saignante, et une solution limitée et temporaire qui aggrave les conflits.

Nous nous opposons au pillage et au vol des territoires et des sources de revenus des Palestiniens en vue de l'expansion des implantations [...] De plus, nous nous opposons à toute transformation des villes et villages palestiniens en ghettos privés des conditions minimales d'existence ou de source de revenus par la concstruction du mur de séparation.

Afin d'établir un dialogue effectif entre les deux sociétés, nous, la société aux fondations bien établies et plus forte, avons la responsabilité d'établir et de renforcer l'autre. C'est seulement avec un partenaire socialement et financièrement mieux établi que nous pourrons travailler à la paix plutôt qu'à des actes de vengeances unilatéraux. Plutôt que de supporter ces citoyens qui espèrent la paix, l'armée prend des sanctions, et pousse de plus en plus de gens vers des actes d'extrême violence et vers l'escalade.

[....]

Là où il y a des humains, il y a quelqu'un pour parler. Par conséquent, nous demandons de créer un dialogue allant au-delà de la lutte de pouvoir, de la vengeance et des actions unilatérales; de désapprouver le mythe du "pas de partenaire crédible" qui nous conduit à une situation perdant/perdant de frustration continue,, nous demandons que l'on opte pour des méthodes plus humaines.

Nous ne pouvons pas détruire au nom de la défense, ni emprisonner au nom de la liberté. Par conséquent, nous ne pouvons à la fois agir moralement et servir l'occupation.

Signés

Les membres du "Shministim"



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July 18, 2008

Labyrinthe

Il faisait nuit encore en plein midi

Ton sourire vint agiter le ciel

Cinglant vertige arrachant ma peau

.

Tout un peuple de mots

De nuées, d'aventures

S'évanouissaient sur l'amère blancheur de ta peau

Inaccessible à toute inscription

.

Belle énigme de goudron et d'eau vive

Croisée aux lendemains

Qui toujours s'échappe, toujours me hante

.

Toi qui jamais ne sera compagne ni reine

Magicienne tutélaire de mes vies avortées

Étoile lointaine à même le coeur

Brûlante et désinvolte

.

Ariane aux labyrinthes brisés

Tu sèmes tes fils où se prend mon désespoir

Qui a même couleur de champ brûlé que tes yeux

Dédaignant le piège que tu tends

Prison et liberté ont pour toi même saveur

.

Ce qui survient de l'autre côté ne reçoit de toi nulle autre attention

Que quelques coups de dents hilares

La gourmandise de tes actes naît de l'aridité de tes rêves

.

Tu sèmes

Et veille à ne rien cueillir

Errante comme le souffle même

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July 17, 2008

Le puits

Pour M.

La main qui se tend

Vide

Le gouffre avait les yeux délicatement fardés

La jambe fine et rapide pour me fuir

.

Point lumineux sur le front ridé du large, tu déchirais la peau brumeuse de l'horizon, tu m'inventais des pas, tu caressais l'orage, tu lui murmurais la pluie, mes bras découverts sur la frontière écarlate de ton nom

Tu glissais, madrépore noué sur la corde tremblante de mon souffle, et je m'enivrais de tes reculs

J'étais Zeus et la Foudre vaincu par ton peuple de Titans

Pas à pas te livrant à mon délire, à ma folie de toi, tu ponctuais de séismes le balancement des éclairs par les nuits de grands déserts fauves

Tu écartais les draps et le verbe pour délivrer les antiques esclaves des peurs irrémissibles

Et de tes lèvres rieuses lacérées d'énigmes un baiser d'argent en fusion venait frôler la Mort et ses cuisiniers en robes de lin

Tu me dérobais à chaque heure mêlée le sceau de l'orgueilleux savoir et me laissais nu, hors de toute épave et de tout lieu

.

Toi qui sous la cendre construisait d'invincibles palais à mes ivresses aveugles

Toi qui m'a livré le Sud et ses vallons brûlants

Le Nord et sa mémoire d'orgeat

L'Ouest et ses briques de chairs ou de sang

Et l'Est pour consolation et mascarade

.

Toi qui de moi fit un Souverain intolérant de ses propres marées et du dernier souffle du dernier départ du dernier adieu du dernier passant du dernier geste du dernier élan

Toi que je rencontrai, plus tard, nue et impitoyable, au coin d'une rue palatine, fermée à mes nuits comme à mes orages, et dispersée en flambeaux par les processions distraites d'adorateurs dérisoires

Toi que j'ai rêvée, endormie, prise et reconnue

Pour ultime et irréversible gardienne de l'instant de pur abîme

Ce puits où s'est à jamais endormie l'attente nostalgique de la Chute

Et son écharpe d'étincelles sonores

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July 17, 2008

Griffes

Ta démarche comme les coups de griffes d'un chat

Ta voix océan

Pétillante comme une bande d'oiseau de mer

Tranchante comme l'orage sec qui déchire l'horizon

Et tes mains d'esquifs ne ployant pas sous l'écume

Toi qui fut toujours l'amer fabuleux et hautain de mes passages

Fine lanière d'existence claquant au gré des jours

Du même sang de la même pluie

Fière comme un mât à la pleine lune

Insoumise comme le blé

Et toujours à perte de vue

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July 15, 2008

Le refuge

Nous avions rendez-vous tout au bout de la jetée, les yeux fermés

Je vacillai à mi-course, les jambes tremblantes par la chaleur du soir, la durée de la course

Tu étais dressée, nue, à l'extrémité, en contrejour de l'incarnat crépusculaire

Auquel tu offrais noire d'encre l'insolente générosité de ton corps

Seins de hautes vagues bordées par l'écume de ta main,

Ta croupe ruisselante d'appels imposant le silence aux esprits noctambules

Tes yeux follets glissant à même la brume

Tu appelais les orages, tu ouvrais tes jambes aux tempêtes et le vent s'écartait, hypnotisé

Statue formidable au creuset des mondes, là où se mêlaient air, terre et eau, et que nul n'osait défier

Tu dominais les mondes et tu tremblais, pleurant l'immense solitude du plaisir

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June 8, 2008

Résonances

Sommaire

 

Sur la peinture de Jacques Zimmermann: voir un blog qui lui est consacré, avec oeuvres anciennes et photos de l'artiste: Jacques Zimmermann

Voir sur Ipernity les albums: Peintures et Aquarelles et objets

Et cet autre blog, plus sommaire: Possibilités des métamorphoses

 

Il est un passage secret, au cœur de l’esprit, qui mène au centre des mondes. On n’y parvient qu’à rebours de la conscience commune. Ainsi croit-on que les sens, et l’œil particulièrement, mènent au monde. Mais ils entraînent au contraire à l’intérieur de soi.


Ainsi encore, ce passage est fait du chemin qui y conduit, comme une faille au sol ouvert par les séismes de l’errance. Et ce chemin n’est pas à suivre, comme l’on fait de ceux qui nous préexistent, mais à tracer.

 


Les œuvres récentes de Jacques Zimmermann se situent au seuil même de cette porte étroite de sens et large de visions. Elles nous disent ce lointain, libre du temps, hors de l’être, ce passage par où se mirent les noyaux d’univers, et qui chez lui a les tons des eaux profondes parcourues d’écailles de terre et de langues volcaniques, des terres levées par le feu qui les élancent. Ce sont des évocations de la nature que le regard porté sur ces toiles appelle, et pourtant celle-ci se livre ici exempte de ses formes coutumières et de signes de reconnaissance.


Pour avancer sur ce chemin qui mène au noyau obscur de la conscience imaginaire, l’œil, la main se dévêtent des formes, perdant contact avec le réel en ses œuvres. Celui-ci pourtant subsiste, en une nostalgie sublimée d’une entente ancienne, tissant en l’œuvre des volées d’échos. Pour jouer de cette corde dont les harmoniques jettent des passerelles d’éclairs entre les mondes intérieur et extérieur, Jacques Zimmermann emprunte au réalisme ancien son ambition magicienne de capter la force créatrice du réel, mimant sur l’étendue immobile de la toile le mouvement et la profondeur, convoquant la transparence et l’épaisseur, les jeux de lumière et d’ombre en un rituel visionnaire, sommant les matériaux, grain de la toile, pâte des couleurs, liseré des traits, de révéler leur puissance de traces et d’évocations. Ainsi arc-boutées sur d’anciens sortilèges, les compositions abstraites se vêtent d’anciens désirs et de prochaines réminiscences.

 



 

L’art plastique, au fil de son histoire, s’est défait du réel. Il y allait là de son autonomie vis-à-vis de tout critère externe, de la mise au jour de ses ressorts profonds. Ce fut une lente maturation. Il fallait que chaque distance prise féconde les mondes nouveaux de ses appels, par où la perte de l’évidence réaliste soit compensée par une résonance plus intérieure, une rencontre à distance. Avec l’avènement de l’abstrait, on aborda les dernières terres de ce voyage. Ainsi lâchées les dernières amarres, l’art s’est trouvé à l’un des points de bifurcations essentielles de son histoire.

Perte du sens, absence de repères, manque de critères objectifs : tout cela dit la situation ambivalente de l’art depuis que furent rompus les dernières ressemblances. Les repères ne sont que les béquilles de l’émotion, unique voie d’accès à l’art authentique, mais il serait présomptueux de prétendre que le regard peut avancer seul, particulièrement en cette époque où l’imaginaire s’assèche en virtuel, se débite en produits du marché. A ce point de bifurcation, les conditions extérieures deviennent déterminantes pour un art se nourrissant jusqu’alors de sa propre lancée.
Depuis cette perte de sens, il ne s’est ouvert, grossièrement tracées, que trois voies, non compris le retour en arrière que célèbrent les réalismes tautologiques et insipides en tout genre : celui de l’art servile, par recours au sens extérieur : l’œuvre ne prenant sens que dans le discours qui l’accompagne ; celui de l’art aveuglé par son propre spectacle, par la mise en scène de l’acte créateur : happening, art gestuel, installations, etc. qui renvoie l’art à une fonction de décor, fut-ce encore en l’étayant de discours.


Enfin il est une voie, seule à même de poursuivre l’aventure artistique, la remontée vers les sources de l’obscurité génitrice de l’imaginaire, n’abandonnant pas la quête de sens, ne le cherchant ni antérieur, ni extérieur, mais le laissant resurgir de la mise en œuvre des puissances créatrices, libérées par leur autonomie nouvelle, par la séparation des éléments constitutifs de l’art ancien. Une telle voie, singulière en tout artiste et dès lors dépourvue de tout critère externe, n’est reconnaissable que par l’émotion qu’elle engendre, née des fulgurances provoquées par la rencontre voilée des deux regards, intérieur et extérieur.


Ainsi ôtée de toute prédestination, la création picturale chez Jacques Zimmermann atteint le seuil du passage. Là, la dissociation, opérée tant par l’histoire de l’art que par le parcours de l’artiste entre la puissance créatrice et ses produits nous livre un langage artistique réduit en traces, épaisseurs, couleurs, traits et gestes, et un langage réel soumis à même réduction en lumière, profondeur, transparence et mouvement. Là, en ce domaine d’exil, s’entend à qui peut voir des hymnes de surgissements et d’effusion des deux mondes, réel et imaginaire, à fleur de genèse.
Les œuvres se déploient en écoute et réponse, guidées par une complicité, accrue au cours du temps, entre moyens techniques, par lesquels l’artiste anticipe le jeu libre du hasard et des résistances de la matière picturale, et sensibilité aux désirs de formes, de lumières, d’êtres et de paysages nourris par la nostalgie créatrice.

A la croisée de la figuration et de l’abstraction, la virtuosité technique n’y est plus la capacité comme en l’art ancien d’accomplir un projet, mais de provoquer les résonances entre élan créateur et nostalgie fécondante, respiration constante, double mouvement de plongée et de résurgence, de sape et d’édification, de repli et d’effusion.


Ainsi est atteint ce passage secret de l’esprit, entre abysses intérieurs et entrailles des mondes. Il n’est plus recouvert que du fin voile de la vision créatrice, tremblant sous le souffle du regard. Et l’on perçoit sous les ombres changeantes de son drapé que le paradis perdu, inventé par le souvenir pour nous mener vers un improbable retour, est recréé toujours sous d’infinies variations, qu’il a les visages des chemins parcourus à sa recherche. Ces profusions d’univers déployées sur le fil du voile, funambules de l’imaginaire, célèbrent les noces initiatiques du sens retrouvé et du verbe scellé. Chaque tableau nous entraîne ainsi en ce passage secret qui nous hante, chacun en est le voile même sous ces possibles métamorphoses.

 

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April 29, 2008

Thelonious MOnk - Epistrophy- et extraits du livre de Claude Tarnaud, "De"

Comme une expo sur l'oeuvre de Claude Tarnaud se tiendra bientôt à Paris (à partir du 19 décembre, sans doute - j'en reparlerai), je remets ici en ligne cet article déjà paru sur le 360° , consacré à Monk et illustré par un extrait-témoignage de Claude Tarnaud. Ce dernier était dans les années 60 traducteur de l'ONU à New York et a cotoyé le monde du jazz dans l'une de ces plus fastes périodes.



Thelonious Sphere Monk (1917 - 1982), un pianiste de jazz américain connu pour son style d'improvisation unique, ainsi que pour avoir écrit de nombreux standards du répertoire du jazz. Alors que Monk est souvent considéré comme l'un des fondateurs du be-bop, l'évolution de son style personnel l'en a fait s'éloigner. Le jeu de Monk se caractérise par de nombreuses notes dissonantes très bien placées. A l'origine c'est a cause de ses doigts potelés et de ses nombreuses bagues que plusieurs touches sont appuyées a la fois. Puis, avec le temps cette technique de jeu devient intentionnelle et systématique, et Thelonious Monk ne se voit plus jouer autrement. Monk effectua de nombreuses tournées et enregistrements dans les années 1950 et 1960, mais disparait de la scène au début des années 1970. Il est mort en 1982 chez Pannonica de Koenigswarter . Après sa mort, sa musique a été redécouverte par un public plus large et il est maintenant considéré aux côtés de Miles Davis, John Coltrane et d'autres comme une figure majeure de l'histoire du jazz.

.

La présence de cet extrait sur ce blog se justifie aussi par l’envie de faire lire ce qui suit, témoignage d’un concert de Monk, extrait d’un livre du poète surréaliste Claude Tarnaud. Derrière l’anecdote amusée et féroce se profile un regard essentiel sur la création artistique, sur le rapport de l’artiste à l’accidentel, de l’imaginaire et du réel.

.

" … et ceci se passe au Jazz Gallery en 1962, Monk achève un long solo d’un accord plaqué avec le coude et un claquement sec annonce qu’une corde vient de se briser, Monk n’a visiblement rien entendu, il se lève et quitte l’estrade suivi de Charlie Rouse, pour être remplacé au clavier par un pâle et précieux échalas nommé Bill Evans…

… …

Monsieur Bill gazouillis-de-canard-savant-en-cage-dorée Evans fait quelques arpèges pour dégourdir ses longs doigts blancs soignés, s’interrompt avec l’air d’un qui est totalement désemparé, se penche par-dessus le clavier pour regarder dans le sommier du piano et, avec l’air de qui vient de contempler un spectacle particulièrement repoussant, en retire deux bouteilles de bière, puis se rassied, rasséréné, mais ensuite, tout au long de ses interminables et gracieux solos, le petit bruit sec du marteau heurtant la corde cassée s’amplifiera jusqu’à devenir tantôt point d’orgue posé tel un sombrero sur les appoggiatures, tantôt coup de tonnerre roulant parmi les triolets qu’il renverse comme jeux de quilles, et le musicien, le visage figé par la terreur essaie de retenir sa main droite qui ne lui obéit plus et, comme animée par une volonté qui lui serait propre ou fascinée par on ne sait quel serpent caché (la corde brisée peut-être) papillonne autour de la touche morte, bien rassurante pourtant dans sa blancheur d’ivoire, comme si elle avait pour seul propos de produire une suite de crépitements comme d’une baguette sur le rebord de la caisse – enfin le dernier pénible chorus et Bill Evans descend de la scène, plus livide que jamais s’il est possible et le front couvert de sueur..

… une demi-heure plus tard, monsieur Thelonious Sphere Monk revient, on ne l’attendait plus, le temps, il plane très haut au-dessus il est toujours en amont, tournant le dos à la source, les yeux clos sans doute derrière ses lunettes noires, il fait quelques arpèges à son tour et il ne tarde pas à découvrir la corde cassée (il doit en rendre responsable le triste Bill, le bougre !), il tapote la touche presque amoureusement, il l’ausculte quelques instants, la caresse, l’enchâsse au beau milieu d’une parure de notes bien rondes et construit progressivement toute une improvisation autour de ce son mat qui, visiblement, le ravit…

…et tout le reste de la soirée, ses solos s’articuleront autour de ce bel accident, Monk ayant choisi, en l’inventant, la liberté devant laquelle l’autre s’était enfui apeuré…

.

Extrait de « De », livre de Claude Tarnaud, publié à l’Ecart Absolu, Paris


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April 21, 2008

Re-nouveaux

Trois nouveaux venus que je vous invite à aller découvrir si vous ne l'avez déjà fait..

Three newcomers I think you should discover if you haven't do it yet.



Marie L:

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Jean-Claude Delalande:

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Thekatsous:

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April 18, 2008

Les empoisonneurs d'âmes

(Je ne comptais plus publier d'autres "hommages" à Aimé Césaire, - point trop n'en faut- mais jetant un oeil à la version réimprimée, chez Jean-Michel Place, de la revue Tropiques fondée par Césaire et ses amis en 1941, j'ai trouvé cet échange de lettres, qui dit beaucoup et sur lequel il y aurait beaucoup à dire, relatif à l'interdiction de la revue par les autorités du régime pétainiste)



Lettre du lieutenant de vaisseau Bayle,

chef du service d'information,

au directeur de la revue Tropiques



Fort-de-France, le 10 mai 1943

Monsieur,

Lorsque Madame Césaire m'a demandé pour un nouveau numéro de Tropiques le papier nécessaire, j'ai tout de suite acquiescé, ne voyant aucune objection, bien au contraire, à la parution d'une revue littéraire et culturelle.

J'en ai, au contraire, de formelles vis-à-vis d'une revue révolutionnaire, raciale et sectaire.

[...]

Depuis Schoelcher, la France s'est engagée dans une politique d'égalité raciale qu'elle n'a pas seulement proclamée, mais qu'elle a plus profondément mise en pratique que n'importe quel pays : de cette politique, vous constituez un vivant témoignage.

[...]

Certes, un long chemin reste encore à parcourir; qui le nierait? [...] Une centralisation excessive, mal dont on souffert toutes les provinces françaises, a risqué d'étouffer la perrsonnalité, de lui substituer un être conventionnel et uniforme, de tuer l'art en tarissant la source de la vérité. Un Mistral est le symbole de la réaction nécessaire. J'avais cru voir dans Tropiques le signe d'un régionalisme non moins vigoureux et tout aussi souhaitable.

Je constate que je me suis trompé et que vous poursuivez un but tout différent. Je pense que le progrès doit être poursuivi dans la voie dans laquelle on s'est engagé depuis près d'un siècle et je crois d'ailleurs que le problème qui se pose ici est beaucoup plus social que racial. Des principes comme ceux que Monsieur le Maréchal a évoqués doivent, lorsque nous aurons le courage de les traduire dans les faits, le résoudre. Pour vous, vous croyez au déchaînement de tous les instincts, de toutes les passions; c'est le retour à la barbarie pure et simple. Schoelcher, que vous invoquez, serait bien étonné de voir son nom et ses paroles utilisés au profit d'une telle cause.

Il ne serait pas concevable qu'un Etat civilisé, conscient de ses devoirs, vous laissât poursuivre la diffusion d'une telle doctrine.

J'interdis donc la parution du numéro de Tropiques dont vous voudrez bien trouver ci-joint les manuscrits.

Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur, l'expression de ma considération distinguée

Signé: Bayle



------





Fort-de-France, le 12 mai 1943

A M. le lieutenant de vaisseau Bayle,

Monsieur,

Nous avons reçu votre réquisitoire contre Tropiques.

"Racistes", "sectaires", "révolutionnaires", "ingrats et traîtres à la patrie", "empoisonneur d'âmes" aucune de ces épithètes ne nous répugne essentiellement.

"Empoisonneurs d'âmes" comme Racine, aux dires des Messieurs de Port-Royal.

"Ingrats et traîtres à notre si bonne patrie" comme Zola, au dire de la presse réactionnaire.

"Révolutionnaires" comme l'Hugo des "Châtiments".

"Sectaires" passionnément comme Rimbaud et Lautréamont.

"Racistes", oui. Du racisme de Toussaint Louverture, de Claude MacKey et de Langston Hugues, contre celui de Drumont et Hitler.

Pour ce qui est du reste, n'attendez de nous ni plaidoyer, ni vaines récriminations ni discussion même.

Nous ne parlons pas le même langage.



Signé: Aimé Césaire, Suzanne Césaire, Georges Gratiant, Aristide Maugée, René Ménil, Lucie Thésée.


A l'heure où ceux qui sont bien plus les héritiers de Pétain que ceux de Zola et Hugo, s'apprêtent à rendre hommage à l'un des plus grands poètes et révoltés de langue française, il m'a paru intéressant de donner à lire cette déclaration des rédacteurs de Tropiques.



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April 17, 2008

Prophétie

là où l'aventure garde les yeux clairs
là où les femmes rayonnent de langage
là où la mort est belle dans la main comme un oiseau
saison de lait
là où le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe
de prunelles plus violent que des chenilles
là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois

là où la nuit vigoureuse saigne une vitesse de purs végétaux

là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d'une ruche
plus ardente que la nuit
là où le bruit de mes talons remplit l'espace et lève
à rebours la face du temps
là où l'arc-en-ciel de ma parole est chargé d'unir demain
à l'espoir et l'infant à la reine,

d'avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan
d'avoir gémi dans le désert
d'avoir crié vers mes gardiens
d'avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes

je regarde
la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant
de la scène ourle un instant la lave de sa fragile queue
de paon puis se déchirant la chemise s'ouvre d'un coup
la poitrine et je la regarde en îles britanniques en îlots
en rochers déchiquetés se fondre peu à peu dans la mer
lucide de l'air
où baignent prophétiques
ma gueule
ma révolte
mon nom.

 

Aimé Césaire

Les Armes miraculeuses

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April 17, 2008

Aimé Césaire ( 26 juin 1913 - 17 avril 2008)

 

 

 

 

- Je demande trop aux hommes ! Mais pas assez aux nègres, Madame.

S’il y a une chose qui, autant que les propos des esclavagistes m’irrite, c’est d’entendre nos philanthropes clamer, dans le meilleur esprit sans doute, que les hommes sont des hommes et qu’il n’y a ni blancs ni noirs.

C’est penser à son aise, et hors du monde, Madame.
Tous les hommes ont mêmes droits. J’y souscris. Mais du commun lot, il en est qui ont plus de devoirs que d’autres. Là est l’inégalité. Une inégalité de sommations, comprenez-vous ?
A qui fera-t-on croire que tous les hommes, je dis tous, sans privilège, sans particulière exonération, ont connu la déportation, la traite, l’esclavage, la vaste insulte ; que tous, ils ont reçu, plaqué sur le corps, au visage l'omni-niant crachat?

Nous seuls, Madame, vous m’entendez, nous seuls les nègres ! Alors au fond de la fosse !
C’est bien ainsi que je l’entends. Au plus bas de la fosse. C’est là que nous crions ; de là que nous aspirons à l’air, à la lumière, au soleil. Et si nous voulons remonter voyez comme s’imposent à nous, le pied qui s’arc-boute, le muscle qui se tend, les dents qui se serrent, la tête, oh !la tête large et froide !
Et voilà pourquoi il faut en demander plus aux nègres qu’aux autres : plus de travail, plus de foi, plus d’enthousiasme, un pas, un autre pas, encore un autre pas et tenir gagné chaque pas !
C’est d’une remontée jamais vue que je parle, Messieurs, et malheur à celui dont le pied flanche !

 

(Aimé Césaire - la Tragédie du Roi Christophe)

 

 

 

 

En vain dans la tiédeur de votre gorge mûrissez-vous vingt fois la même pauvre consolation que nous sommes des marmonneurs de mots

Des mots ? quand nous manions des quartiers de monde, quand nous épousons des continents en délire, quand nous forçons de fumantes portes, des mots, ah oui, des mots ! mais des mots de sang frais, des mots qui sont des raz-de-marée et des érésipèles et des paludismes et des laves et des feux de brousse, et des flambées de chair, et des flambées de villes...


Sachez-le bien:

je ne joue jamais si ce n'est à l'an mil

je ne joue jamais si ce n'est à la Grande Peur

Accommodez-vous de moi. Je ne m'accommode pas de vous !

Parfois on me voit d'un grand geste du cerveau , happer un nuage trop rouge

ou une caresse de pluie, ou un prélude du vent,

ne vous tranquillisez pas outre mesure :

Je force la membrane vitelline qui me sépare de moi-même,

Je force les grandes eaux qui me ceinturent le sang

C'est moi rien que moi qui arrêtes ma place sur le dernier train de la dernière vague du dernier raz-de-marée.

C'est moi rien que moi

qui prends langue avec la dernière angoisse

C'est moi oh, rien que moi

qui m'assure au chalumeau

les premières gouttes de lait virginal !

Et maintenant un dernier zut :

au soleil (il ne suffit pas à soûler ma tête trop forte)

à la nuit farineuse avec les pondaisons d'or des lucioles incertaines

à la chevelure qui tremble tout au haut de la falaise

le vent y saute en inconstantes cavaleries salées

je lis bien à mon pouls que l'exotisme n'est pas provende pour moi

Au sortir de l'Europe toute révulsée de cris

les courants silencieux de la désespérance

au sortir de l'Europe peureuse qui se reprend et fière

se surestime

je veux cet égoïsme beau

et qui s'aventure

et mon labour me remémore d'une implacable étrave.

Que de sang dans ma mémoire ! Dans ma mémoire sont des lagunes. Elles sont couvertes de têtes de morts. Elle ne sont pas couvertes de nénuphars. Dans ma mémoire sont des lagunes. Sur leurs rives ne sont pas étendus des pagnes de femmes.

Ma mémoire est entourée de sang. Ma mémoire a sa ceinture de cadavres !

et mitraille de barils de rhum génialement arrosant nos révoltes ignobles , pâmoisons d'yeux doux d'avoir lampé la liberté féroce

 

(Aimé Césaire -Cahier d'un retour au Pays Natal)

 


 

Le grand coup de machette du plaisir rouge en plein front

ll y avait du sang et cet arbre qui s'appelait le flamboyant et qui ne mérite jamais mieux ce nom-là que les veilles de cyclone et de villes mises à sac

le nouveau sang la raison rouge tous les mots de toutes les langues qui signifient mourir de soif et seul

quand mourir avait le goût du pain et la terre et la mer un goût d'ancêtre

et cet oiseau qui me crie de ne pas me rendre et la patience des hurlements à chaque détour de ma langue



la plus belle arche et qui est un jet de sang

la plus belle arche et qui est un cerne lilas

la plus belle arche et qui s'appelle la nuit

et la beauté anarchiste de tes bras mis en croix

et la beauté eucharistique qui flambe de ton sexe

au nom duquel je saluais le barrage de mes lèvres violentes



Il y avait la beauté des minutes qui sont les bijoux au rabais du bazar de la cruauté le soleil des minutes

et leur joli museau de loup que la faim fait sortir du bois de la croix-rouge des minutes

qui sont les murènes en marche vers les viviers et les saisons et les fragilités immenses de la mer

qui est un oiseau fou cloué feu sur la porte des terres cochères

il y avait jusqu'à la peur telles que le récit de juillet des crapauds de l'espoir et du désespoir élagués d'astres au dessus des eaux là où la fusion des jours qu'assure le borax fait raison des veilleuses gestantes

les fornications de l'herbe à ne pas contempler sans précaution

les copulations de l'eau reflétées par le miroir des mages

les bêtes marines à prendre dans le creux du plaisir

les assauts de vocables tous sabord fumants pour fêter la naissance de l'héritier mâle en instance parallèle avec l'apparition des prairies sidérales au flanc de la bourse aux volcans d'agaves d'épaves de silence

le grand parc muet avec l'agrandissement silurien de jeux muets aux détresses impardonnables de la chair de bataille selon le dosage toujours à refaire des germes à détruire

 

Aimé Césaire (Les armes miraculeuses)

 

 

 

Aimé Césaire..... Beau comme un cadavre qui brûle...

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February 18, 2008

Fabliaux

 

 

Oui, je sais, il est d’autres déconvenues

Mais jugez :

Le pâtre avait laissé sur son épaule nue

La marque rougissante d’un rêve inachevé

Il hantait les marais de sa langue poreuse

Jamais ne se lassant de compter les vierges évanouies

Or voici qu’un jour Il ôta son épaule

Et la vit se noyer.

 

***

 

Or donc en ce temps-là

Avait les mains froides

Car jamais Or ne dormait

Sait-on ce que c’est qu’être Or ?

Il n’est de temps ni d’usure

Et Or se morfondait

Or donc fit venir l’épingle

Et s’amusa de ses assauts

 

***

 

Par douzaines les ogres convergeaient

Vers les palais endormis

On vit des murailles écartelées

Et des membres violés

Sait-on ce que l’aube fit ?

 

***

 

On susurrait que l’angle avait fauté

Jetant sa nuque sur le côté

- « Cela fait bel apôtre » disait-il -

Il s’en était allé troubler

Pointe et cime ses cousines

Pour avec elles s’en aller glisser

Nus et tremblants dans une ronde

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February 18, 2008

Dégage!

Tel en cette glace bleutée se noue le fors intérieur

Regards sur le désert qu'usent

Mille tableaux de chair et de vent

Il oserait nier le monde

Et ce mépris hautain l'accommoderait

S'il n'en devinait le chiffre

Ces buissons et ces corps que son regard éventre

Il les reconnaît

Ses entrailles, sa voix, ses sens qui s'amusent et se moquent

S'en allant pourrir suavement sous l'angle des rues

Feuillage trouble pour topologie

Bancs brisés pour élans

Passants non plus figures

Mais décor renversé caillots de rêve

L'univers étalement de sa nuit

Exhibitionnisme niais de celui qui se croyait être

Et n'a plus qu'un miroir à hanter

Etrange vertige à même le sol, couché, et que sa raison dénie

Mais qui courbe son sang et déchire ses reins

Pourquoi laisser indignement des traces de qui réclame le néant?

La corde qui le retient au verbe, sèche et froide, tenace

Et le rire, impitoyable complice, ne s'en laisse pas tromper

Qui sème sous ses pas trop raides les accidents rétifs et vains

Comme si l'impasse seule donnait sens à la marche

Quelle suprême insulte au silence, ce trop fier statuaire,

Que d'énoncer le rien

Ce bel imparfait aux courbes dionysiaques

Passant, il n'est personne ici

Le sable qui se soulève sous la caresse du vent seul

A droit de frôler l'évanescence

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February 18, 2008

Je suivais....

 Déjà sur le 360°

 

Je suivais une rivière quand vint l'arche de feu

 

J’y rentrai et fus aveugle

Tout autour de moi:

Nuit de glaces,

Bruits éclatés

Rugissements de murs

Et pleurs inexpliqués

 

Puis vint le Sommeil

Et son rire de couteau

Aiguisé sur la peau tendue de la peur

De rêves, plus

Rien que rumeur

Dont je ne savais

Si c’était l’unique survivance de châteaux incendiés

Ou le délire ultime d’une âme noyée

 

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February 13, 2008

Silence

Poème déjà paru sur le 360°

 

Tout s’ouvre sous la voix

Une perle de boue, un oiseau éventré

Rien que de la mie

Et du vent mal famé

Personne n’entre en ce couloir

Aux murs acérés

Qui vous déshabillent la peau

Et vous laissent

Vêtus d’infamie

A chaque repas du Verbe, alors que la plupart des convives décoraient encore leurs cous de diverses pâtes orange, -vous reprendrez bien un peu de fange aux yeux glacés? Délicieux, ces piments incarnats, est-ce du verre pilé ? - , on pouvait voir entrer un nuage rouge sang, aux formes indécises mais toujours dérisoires et obscènes. Cela faisait son chic, et tous l’applaudissaient. Divers gloussements s’égaraient entre les jambes, écorchant le marbre de leur humanité.

Tout était retenu : la table, le ton, la vie

Et pourtant tout s’étalait : la joie, le cri, l’équarrissage

Derrière la nuque d’une jeune femme, la seule qui par distraction gardait encore aux lèvres une ombre de beauté, mais qui bientôt, l’âge venant –quelques secondes tout au plus- allait s’évanouir, le nuage, effaçant ses plis par un imperceptible effort d’allongement, prenait hauteur et nuit.

Que deviens-tu, sous ce buisson,

Ma sœur aux vives alluvions ?

Où es-tu partie ?

Je t’ai cherché sous les roches hagardes des ruines ensoleillées

J’ai percé le ventre des glaciers pour en extraire la gemme

Il n’y a plus de toi ni souffle ni sarcasme

Quel évanouissement infini a-t-il pu t’emporter ?

Quelle est cette source qui pleure sous l’épaule des arbres ?

Irais-je un jour te rejoindre

Parmi l’écume et la chair brulée ?

Lentement, alors que chacun devait faire d’insolites efforts pour s’emparer des plats, avaler une écorce, tenir des propos insalubres, le silence –car c’était lui- couvrait d’opacité les murs, bientôt les corps, emportant sous son haleine musquée tout ce qui jusqu’alors, se croyait formes et lumière.

Il n’y avait plus d’yeux

Ni de rides

Ni…

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January 17, 2008

Les 7 du mardi - Dominique Delbecq

 

Fifth Ipernity Wandering - 5e Promenade Ipernitienne

 

I have made some days ago a post about a blog of a friend, Dominique Delbecq:

"Les 7 du mardi" (The 7 of Tuesday)

Je vous avais parlé il y a peu de ce blog photo, "les 7 du mardi", tenue par une amie, Dominique

  

Well here she is, now, on Ipernity.

Et bien, ça y est, elle est désormais aussi sur Ipernity!  Elle est là: Dominique Delbecq.

 

Et cet article devient donc la 5e promenade Ipernitienne

So this post become the Fifth Ipernity Wandering

The 7 of Tuesday

Les 7 du mardi

The idea of this blog is simple: every Tuesday, Dominique post seven pictures about a special theme.

Le concept est simple: 7 photos par semaine, autour d'un thème, sont postées chaque mardi, ou plutôt lundi à minuit.

Des thèmes de circonstances, insolites ou liés à un voyage: il y en a un peu pour tous les goûts.

Here is a choice:

Je vous un livre un petit choix:

7 "champagne!"    

7 épaves/7 wrecks

 

7 objets de la maison/7 house's objects:

 

Ou encore:

 

7 après la pluie/7 after the rain:                                                7 piquets:

 

7 des frimas :                           7 de Noël:

 

 

7 arbres :                                                     7 nuages:

 

 

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January 10, 2008

The anatomy of imaginary - L'anatomie de l'imaginaire - lauren.rabbit

Fourth Ipernity wandering -Quatrième promenade ipernitienne

 

Promenades précédentes:

Le rythme chez Focus 5

L'eau et les rêves - Céline M

Enracinements- La porte Bleue

 

NB: sorry for the double picture's link: the one above the picture is the good one

NB: désolé pour le double lien des photos: le bon est celui qui est situé au-dessus de la photo.

 

When I discovered the works of lauren.rabbit, I felt "back in town": my artistic town, surrealism. Hans Bellmer, an essential surrealist artist, is one of the artists mentionned on the profile. Bellmer, who centers all his work -photography, engraving, drawings- on the disarticulated doll, recreating surrealistic bodies through the duality of eroticism, between violence and desire. Far from the obsessional character of Bellmer's imaginary, but not from his creative energy, dolls and mannequins are a recurrent element in the pictures of lauren.rabbit:

Quand j'ai découvert l'oeuvre de lauren.rabbit, je me suis senti "de retour dans ma patrie": ma patrie artistique, le surréalisme. Hans Bellmer, l'un des artistes les plus emblématiques du surréalisme, est l'un des artistes mentionnés dans le profil. Bellmer, dont l'axe de l'oeuvre - photo, gravure, dessin- est une poupée désarticulée, à partir de laquelle il recrée des coprs surréalistes traversés par la dualité de l'érotisme, entre violence et désir. Loin du caractère obsessionnel de l'imaginaire de Bellmer, mais non de son énergie créative, les poupées et mannequins sont un élément récurrent des photos de lauren.rabbit:

best friends forever

But more than Bellmer, another favorite "artist" gives a possible clue to the world of lauren.rabbit: Vesalius, the Renaissance anatomist...

Mais plus que Bellmer, un autre "artiste favori" qui donne l'une des clés possible à l'univers de lauren.rabbit, est Vésale, l'anatomiste de la Renaissance:

Conversation on the autopsy table

Art is not just creation. It has also to deal with destruction. So the common, achieved and opaque images are freed of the jails of form and can find back their poetical and magical force. The self is himself freed of his reflection by the broken mirror of imaginary.

L'art n'est pas que création. Il doit aussi intégrer la destruction. Ainsi les images communes, achevées et opaques sont libérées des geôles de la forme et peuvent retrouver leur force poétique et magique. Le Moi lui-même est libéré de son reflet par le miroir brisé de l'imaginaire.

 

years end 07-I-cross your heart

 

Imaginary can then leaves towards the unknown, because imagination is a thirst after unknown, a nostalgic sigh turned towards future.

This destruction wich allows to reach the sources of imaginary has, more or less, two ways: reduction of image to her fondamental elements (abstraction) or extraction of the vital element hidden under the form: that is the anatomic, or even alchemical, way.

lauren.rabbit do not use digital work, it is, as she says, a question of tradition and material way of working: imagination, at his source, is material.

Like the laboratory of the alchemists, the dark room is here the material correspondant of unconscious. Another symbolic equivalent could be the closet, theme of one of her albums.

L'imaginaire peut alors aller vers l'inconnu, car l'imagination est soif d'inconnu, un soupir de nostalgie tourné vers le futur.

La destruction, qui permet d'atteindre les sources de l'imaginaire, a grosso modo deux voies: la réduction de l'image à ses éléments fondamentaux - c'est la voie de l'abstraction; ou l'extraction de sa force vitale, emprisonnée sous la forme - c'est la voie anatomique, ou même alchimique. lauren.rabbit n'utilise pas les techniques digitales: c'est, dit-elle, une question de tradition et "se mouiller les mains": l'imagination, à sa source, est matérielle.

De même que le laboratoire alchimique, la chambre noire est là le correspondant symbolique de l'inconscient. Un autre équivalent symbolique est le placard, thème de l'un de ses albums.

some stories are best left untold

So freed of any fixed signification, the imaginary can display his own world, his own langage. Another album is called the "devil's alphabet".

Ainsi libéré de toute signification figée, l'imaginaire peut déployer son propre monde, son propre langage. Un autre album s'intitule "l'alphabet du diable"

 

the devil's alphabet-G

Beeing on the springs of imaginary, laurent.rabbit's work faced the fundamental and dual forces of the spiritual creation, like desire and anxiety:

Se plaçant aux sources de l'imaginaire, l'oeuvre de lauren.rabbit affronte les forces fondamentales  et duelles de la création spirituelle, telles le désir et l'anxiété:

 

the devil's alphabet-W

 

Those fundamental oppositions give her work a dramatical tone, some kind of classical tragedy, but where scenery and action are one, and where anything can happen ...

Ces oppositions fondamentales donne à son oeuvre un caractère dramatique, proche des tragédies classiques, mais où le décor et l'action font corps, et où tout peut arriver...

 

 the devil's alphabet-T

 

 

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January 8, 2008

Petite goutte d'ambre

Pour F.

Petite goutte d'ambre

Qui persiste sous la branche et mue

Se veut sorcière et sous l'aile plonge

Ramassant par brassées le pollen des songes

Pas pressés sous les draps

Tout ce peuple étrange

Dont je ne connais ni la voix ni les sens

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